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Du 1er avril au 5 mai 2018

Exposition

David Cohen

Lorsque terre et peau portent nos empreintes…

yeux clos
yeux écarquillés
yeux clos écarquillés

Samuel Beckett

À propos

Vernissage de l’exposition
4 avril à partir de 17h

Exposition présentée du 16 avril au 5 mai
Ouverture du mercredi au samedi de 13h à 19h. Lundi et mardi sur rendez-vous.

« De la Terre poussaient de nombreuses têtes mais sans cou. Et erraient des bras nus dépourvus d’épaules, et des yeux qui flottaient, non amarrés au front. » « Vous ne les voyez pas » dit Oreste des Erinyes, « mais moi je les vois, ces têtes me pourchassent ».
Pourquoi les têtes de David Cohen nous hypnotisent ? Que voient-elles ? Que racontent-elles ? Ces têtes essayent de dire des choses qu’on ne peut pas dire, mais est-ce qu’on ne cessera pas un jour de dire les choses et qu’on commencera à les voir ces choses ?
Des têtes en terre, en cuir, en bronze, en marbre montrent la trace, l’empreinte, le langage des origines, oui, la présence et l’absence, la puissance du temps qui passe. Elles aperçoivent des choses invisibles que les hommes ne voient plus.
Sans aucun doute, il s’est produit quelque chose d’irréversible, d’innommable, où « La raison, l’art, la poésie ne nous aident pas à déchiffrer le lieu d’où ils ont été bannis » Primo Levi.
On le sait, on en parle fugitivement, et les familles, les religions, les philosophies, les marchés financiers sont là pour nous détourner de cette présence noire.

Les têtes de David Cohen irriguent un territoire, racontent un roman, les enfants perdus et les femmes mortes sans un rêve, elles impriment des poèmes d’amour, mais personne pour les écouter sauf les animaux, les fleurs, les roches qui ne savent pas encore lire.

 » Le monde matériel ne sera plus qu’un moyen pour évoquer les expressions esthétiques. On disposera des sentiments grâce à des lignes, des couleurs et des schémas pris au monde extérieur, simplifiés et domptés, une véritable magie. « Arthur Rimbaud
L’oeuvre de David Cohen est toujours en mouvement, en opposition à l’oeuvre finie.  » Le fini fait l’admiration des imbéciles  » écrit Cézanne à sa mère.
L’expérimentation le motive, la céramique  » Elle-même  » est pour David Cohen une question métaphysique. L’émail, les engobes donnent un équilibre à ses têtes, mais ce n’est pas une idée en plus, mais une pensée qui prend forme comme un matériau capte et transforme la lumière. Le passé primitif sort de Terre avec la terre pour mieux occuper l’espace. C’est un mutant, un messager de la matière qui nous invite par son regard, son rapport au monde et à l’autre, mais aussi au même, à célébrer la vie face au désenchantement et à la folie humaine.
Écoutons Jacques Lacan  » L’être de l’homme, non seulement ne peut-être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en soi la folie comme limite de sa liberté « 
Les têtes de David Cohen franchissent le  » mur du voir  » c’est une lutte, un champ de bataille, elles permettent de vaincre notre cécité ontologique. David Cohen nous rappelle qu’une oeuvre d’art est une création humaine, une méditation, un recueillement. Ils ont bien essayé de supprimer l’art au XXè siècle par les camps, les guerres, l’argent, mais l’acte de créer a été encore plus fort.  » Créer, c’est résister, c’est nuire à la bêtise  » Gilles Deleuze.
David Cohen est coloriste, la couleur devient matière, c’est un chant qui relie les hommes, mais rien de religieux, simplement des notes qui permettent de penser, de dire, d’écrire et de partager le poétique.
Écoutons Roland Barthes  » L’intelligence, c’est de penser aux autres  » L’oeuvre de David Cohen s’inscrit dans cette aventure, cette histoire où le rapport au monde, à l’autre, à son double, réel ou imaginaire, le questionne ; Le  » je est un autre  » de Rimbaud. Je pense à être celui qui pense ;  » je suis  » sinon, moi serait un autre, je suis précisément non pas moi, mais cet autre. Qui suis-je ? Qui suis-je vraiment ? Qu’est ce que je fais ici ? Où est l’enjeu ? Les têtes de David Cohen répondent à nos interrogations. Ce n’est pas uniquement l’oeil qui regarder, c’est l’être — On est là.
Qu’est-ce qu’elles entendent les têtes ? sûrement les cris des martyrs et des affamés, des êtres oubliés ; Pourquoi dans l’histoire, l’être s’est-il oublié ?
— On massacre, on tue, on terrorise, on égorge et on ouvre le ventre des femmes pour tuer leurs enfants.
— Les femmes sont violées, les incestes toujours là, société malade.
— On vend les enfants, ceux qui sont trop faibles, on les extermine.
— On prélève des organes sur des enfants abandonnés, pauvres, pour les donner aux plus riches.
— Horreur, prostitution, homophobie, racisme, névroses, psychoses.
— Les gouvernements, les gouvernants ne font rien. Ils sont lâches. Ils attendent que les sauvages tuent et que les  » civilisés  » laissent commettre leurs crimes.
— Les trains partaient pour Dachau, Ravensbruck, Auschwitz, ils n’ont rien fait, ils ont fait croire qu’ils ne savaient pas, et comme aujourd’hui, ils ont fait semblant d’ignorer l’histoire.
Les aubes sont toujours navrantes, l’enfer est ici, nous n’arrivons pas à arrêter le cours de l’histoire et les t^tes de David Cohen parlent d’un monde perdu avec un regard halluciné sur celui de demain
et aussi d’espoir sur celui d’après demain.

Écoutons Albert Einstein  » Et si on s’était trompé ? Si on appelait le bleu, le vert ? Qui peut montrer un arbre bleu ? Qui parle de frais cresson bleu ? « 

Un écrivain Arthur Rimbaud
Un artiste David Cohen.

par Michel Blachère